27.10.2009

Harriet, une amie qui vous veut du bien

harry.jpgAujourd’hui, lectorat adoré, je vais être un peu (et même carrément) langue de vipère et vous parler de ma pseudo-keupine Harriet, que j’avais évoquée en passant un jour, et qui, croyez-moi, vaut largement un article à elle seule.

Harriet n’est pas son vrai nom bien sûr. Comme l’indique mon titre, je me suis inspirée pour la baptiser du film « Harry, un ami qui vous veut du bien », dans lequel le Harry en question (joué par Sergi Lopez) s’immisce dans la vie d’un homme qu’il prétend connaître et lui pourrit complètement l’existence.

 

Harriet, je l’ai connue quand je suis arrivée à la fac. C’était difficile de la louper, parce qu’elle tient beaucoup de place (je parle uniquement de sa personnalité, pas de son physique), et facile de l’aimer au premier abord, parce qu’elle est drôle et exubérante. On se rend bien compte petit à petit qu’elle est assez médisante, voire carrément cruelle parfois, mais on pense que c’est juste pour nous faire rire, alors on laisse passer.

 

Harriet, il lui arrive toujours des histoires à dormir debout. Sauf que quand on la fréquente depuis plusieurs années comme moi, on se rend compte qu’à chaque fois qu’elle raconte la même histoire à de nouvelles personnes, celle-ci devient de plus en plus rocambolesque. Mais on se tait pour ne pas la mettre mal à l’aise devant son auditoire, et puis on se dit qu’au fond ce n’est pas grave si c’est exagéré ou même carrément inventé : l’important c’est qu’elle ait toujours une anecdote à raconter et qu’elle mette une bonne ambiance dans les soirées.

 

Mais petit à petit on se rend compte que notre amitié, même après plusieurs années, est très superficielle (j’ai franchement mis du temps à comprendre ceci dit). Parce qu’elle copine uniquement avec les gens qui l’intéressent sur le moment, autrement dit ceux qu’elle voit tous les jours et qui peuvent lui apporter quelque chose. Du coup, dès qu’elle n’est plus dans la même promo qu’une de ses copines, elle l’oublie. Quand notre copine commune Ch* a redoublé sa licence, Harriet l’a tout bonnement zappée. De toute façon elle a besoin d’être fusionnelle en amitié (c’est de courte durée par contre), donc elle ne peut être amie qu’avec une personne à la fois. Quand elle est allée un an en Angleterre, elle m’a donc un peu mise de côté et est devenue BFF (best friend forever) avec V*, sur laquelle elle crachait avant de partir. De retour en France, elles ont préparé le CAPES ensemble, et Harriet qui habitait loin de la fac dormait régulièrement chez V*. Jusqu’au jour où elle s’est trouvé un mec dans la promo et a tourné le dos à la pauvre V* sans plus de cérémonie. Quand Harriet et moi nous sommes retrouvées ensemble en agreg, c’était à nouveau l’amour fou (j’étais une étudiante sérieuse et je prêtais mes livres), puis elle a jeté son dévolu sur E* (vous savez, la copine avec qui je suis partie à NYC). L’année de stage IUFM, E* et Harriet ont donc vécu en coloc. Une vraie lune de miel, elles étaient inséparables. Elles se sont même pacsées (un faux pacs je précise) et ont fait des mutations simultanées. Sauf qu’en suivant la logique d’Harriet elles se sont mal débrouillées et se sont retrouvées à plusieurs centaines de km de chez nous. Elles se sont dit « Tant pis c’est pour cette année seulement, au prochain mouvement on refera une mutation simultanée pour revenir dans notre région ». Mais là-bas, Harriet a rencontré un mec, a complètement laissé tomber E* et a commencé à dire qu’elle ne voulait plus partir. Elle a voulu se dépacser de E* pour se pacser avec son nouveau mec, ce qui aurait laissé E* dans la mouise parce qu’elle se serait soudainement retrouvée sans aucun point pour rentrer. Bref, finalement elles sont revenues toutes les deux dans notre région, mais E* a compris sa douleur, et ça en a été fini de leur belle amitié (et de leur pacs bidon, ce qui n’est pas plus mal).

 

En fait, pour Harriet, y’a que son nombril qui compte. Au moins, n’aimer personne d’autre qu’elle-même lui permet de ne jamais souffrir. Mais elle déteste être seule, et ce sont ses amoureux qui en pâtissent le plus. Franchement, je ne souhaiterais même pas à mon pire ennemi de tomber sur elle.

Depuis que je la connais elle n’a pas été seule plus de quelques mois. Ce n’est pas un canon mais elle a quand même du chien, comme on dit, et surtout elle sait super bien s’y prendre. A tel point que tous ses amoureux (du moins tous ceux que j’ai rencontrés) étaient à ses pieds. En plus elle n’a aucun scrupule : mec déjà maqué voire homme marié, meilleur ami de son copain actuel, peu importe, tout ce qui a moins de 40 ans lui va. Dans le collège où elle a fait son stage, elle en a essayé 3 successivement avant de tomber sur la meilleure poire. (Elle est quand même allée jusqu’à prendre en photo une bague à 200 euros dans un magasin avant de la montrer à son mec (avec qui elle était depuis 15 jours) en lui disant « je veux ça ». Le pire c’est que ça a marché. Moi ça fait 3 ans que je dis à tout le monde que je veux un Lancel Easy Flirt et j’ai toujours rien).

Chaque nouveau mec est l’homme de sa vie, ils vont se marier, acheter une maison et avoir plein de bébés. Puis au bout de trois mois, dès que la passion s’émousse un peu, ou dès qu’il ne lui passe plus tous ses caprices (un jour elle a été scandalisée parce qu’un de ses mecs n’avait pas voulu lui acheter la minijupe Diesel dont elle avait envie), elle se lasse et décide de le larguer. Oui mais attention, pas n’importe quand : elle n’a pas voulu larguer Untel immédiatement parce que ça allait être son anniversaire et qu’elle voulait son cadeau. Et surtout elle ne part que si elle a quelqu’un d’autre dans le collimateur, quitte à rester plusieurs semaines avec quelqu’un qu’elle ne supporte plus. Au pire elle le trompera (Véridique, je l’ai vue faire au moins deux fois.). Avant son mec actuel, elle avait quelqu’un, qu’elle a largué seulement une fois qu’elle a été sûre que MecActuel était pris dans ses filets. Le pauvre Ex n’avait rien vu venir, vu qu’elle lui jurait que c’était l’amour fou. (Perso je pense que se faire larguer était franchement la meilleure chose qui pouvait lui arriver) Puis elle s’est lassée de MecActuel mais elle ne l’a pas largué parce que « on doit partir dans le Sud en vacances et c’est lui qui paie ». En plus entre temps E* a rencontré un amoureux (un vrai de vrai) et s’est pacsée, alors Harriet pouvait d’autant moins se retrouver seule (ben oui, surtout qu’elle avait dit à E* juste avant qu’elle rencontre son chéri que c’était pas étonnant qu’elle soit célibataire vu qu’elle était coincée). Harriet est donc aujourd’hui pacsée avec celui qu’elle voulait laisser tomber il y a quelques semaines.

 

Bon à vrai dire, nous (les 5 autres filles de la bande) sa vie amoureuse on s’en fout un peu. Au mieux ça nous fait rire, au pire ça nous fait de la peine pour les amoureux qui se retrouvent sur le trottoir sans avoir rien compris. Mais petit à petit on s’est rendu compte qu’elle effectuait surtout un sacré travail de sape envers nous. Le problème c’est que ça a mis longtemps à éclater au grand jour parce qu’on le pensait chacune dans notre coin sans oser le dire tout haut, de peur de passer pour la méchante. Mais on a fini par comprendre qu’Harriet, elle ne supporte tout simplement pas qu’on soit plus belle / plus mince / plus intelligente / mieux fringuée / plus heureuse qu’elle.

Alors elle balance. A E* qui nous voit plus souvent qu’elle (tout simplement parce qu’elle tient vraiment à nous, elle, et qu’elle fait l’effort de nous appeler et de venir nous voir !), Harriet demande si l’une d’entre nous a grossi depuis la dernière fois, et dit sur le ton de la confidence : « MecActuel m’a dit que j’étais superbe, et que quand il voyait mes copines, il me trouvait encore plus belle ».  De J* (qui est agrégée et pas elle), elle a dit qu’elle était snob et qu’elle aimait trop l’argent. En voyant le superbe appart de cette même J*, elle a déclaré que la déco était super kitsch. Après avoir appris que M* (pas moi, mais une autre de mes amies qui a le même prénom) avait acheté un appartement, elle a décidé qu’il fallait qu’elle achète une maison. Quand E* stressait comme une folle lors de son année de stage et se demandait si elle allait être titularisée, Harriet lui disait que ses cours à elle se passaient super bien, que les élèves l’adoraient et que les formateurs l’encensaient. Quand j’ai commencé à avoir des problèmes avec mon amoureux, j’ai lu sur son visage (et vu dans son comportement) qu’elle jubilait : enfin le petit couple parfait devenait aussi foireux que ses propres relations. Quand on s’est remis ensemble, elle s'es énervé et a dit (aux autres, pas à moi) que je faisais vraiment n’importe quoi. (Aujourd’hui je ne sais pas ce qu’elle pense, j’évite soigneusement de lui parler de quoi que ce soit qui me touche).

Je suppose que vous comprenez maintenant pourquoi je parle de « pseudo-keupine ». Pour moi une amie n’est pas quelqu’un qui ne vous contacte que quand elle a besoin de vous et vous poignarde dans le dos. Mais je dois dire que si j’ai été peinée d’être oubliée quand elle est partie en Angleterre, je me fiche pas mal aujourd’hui de ne plus la voir. Et surtout, ses piques ne me touchent plus. J’estime avoir suffisamment d’amis pour qui je compte vraiment et qui comptent pour moi, et je me sens suffisamment bien dans ma peau pour qu’elle ne puisse plus tellement avoir d’emprise. A vrai dire, je la trouve plus pathétique qu’autre chose, et ses manœuvres me font rire maintenant que je sais que personne n’est dupe. Je me dis qu’elle ne doit pas se sentir si bien dans sa peau pour agir comme ça. Et qu’un jour, à force de trop jouer avec les gens, elle se retrouvera seule pour de bon. Au fond, peut-être que c’est ce qu’il lui faut : peut-être qu’à ce moment-là elle retrouvera enfin un peu d’humanité.

Commentaires

La voilà habillée pour l'hiver Harriet... Mais selon toute probabilité, dès que son pouvoir commencera à pâlir elle jettera son dévolu sur qui pourra la combler d'attentions jusqu'à la fin.

Quoi ? Tout le monde le sait que la vie est injuste !!!

Ecrit par : Axel | 27.10.2009

oulala y en a plein des harriets et je peux te dire que la plupart du temps elles sont malheureuses parce que jamais satisfaites et aussi parce que leur "bonheur" dépend des autres (de leur malheur ou de leurs attentions pour elle)...
Maintenant ces gens là je les évite. Tu as raison de dire que tu as assez de tes amies pour ne pas t'en soucier. Fuis!

Ecrit par : emy | 28.10.2009

@ Axel : oui c'est vrai que je n'y vais pas de main morte. Je culpabilise même un peu de la tailler comme ça, mais au fond elle le mérite...
@ emy : oui je pense bien qu'elle est malheureuse à être jalouse comme ça. Je n'ai que très peu de nouvelles de toute façon, et ça m'arrange.

Ecrit par : M* | 02.11.2009

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